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Association  Charentaise pour l'Espéranto








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Pourquoi l'espéranto?

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Pourquoi l'espéranto, alors que d'autres voies sont déjà explorées, d'autres "solutions" en oeuvre? Avant de tenter une réponse, voici quelques autres questions:

- Le monde devient un village... Comment y faire un pas les uns vers les autres, se comprendre pour de bon, en se respectant mutuellement?

- Le plurilinguisme "pur et dur" qu'on nous vante (mais qui hélas est de plus en plus battu en brèche dans la réalité) est-il réalisable? Comment se comprendront un Hongrois qui aura étudié l'allemand et l'italien et un Espagnol qui parle anglais et français?

- Peut-on vraiment se passer d'une langue commune (mais non pas "unique"!) en Europe? Sinon, quelle langue choisir pour jouer ce rôle de "pont" ou de "pivot"?

- Doit-on, peut-on prendre en compte la notion de justice linguistique? Y a-t-il des langues "plus égales que les autres"?

- Doit-on laisser mourir les langues régionales, ou les réduire à des curiosités du patrimoine folklorique?

et surtout:

- Quel est le coût financier et humain des politiques linguistiques actuelles?

... Autant de questions qui entrent en résonnance avec ce titre de la page: "pourquoi?"


Le besoin existe-t-il vraiment?

Si la question "Pourquoi l'espéranto?" se pose, c'est bien évidemment parce qu'un grand nombre de gens supposent qu'il est de pas ou peu d'utilité.
Analysons les raisons de cette conviction (qui a d'ailleurs sa source dans des visions très différentes et parfois contradictoires du "paysage linguistique"), et examinons sa pertinence.

D'abord, faire un "état des lieux"...

1) Une "vedette" des échanges internationaux: l'anglais

Il est difficile de parler d'espéranto sans voir surgir, presque inévitablement, une argumentation qui évoque la forte présence internationale de l'anglais, présence qui, dans l'esprit de beaucoup de gens, rendrait l'espéranto totalement superflu.

Disons-le nettement: l'anglais, comme langue de culture, est indispensable au patrimoine de l'Humanité, ainsi que le français, l'italien, l'allemand, le finlandais, le turc ou le bengali, et toutes les autres...

Comme outil de communication internationale, il est actuellement incontournable, notamment dans un certain nombre d'activités humaines, et il serait illusoire de vouloir détourner de son apprentissage les gens à qui il peut vraiment être utile. Mais est-il véritablement utile ou nécessaire à tous et partout? Et l'utilité de l'anglais dans certains domaines suffit-il à disqualifier l'espéranto?
Car cette langue anglaise, contrairement à l'impression qu'en donnent les grands médias, est loin d'être la panacée. Il circule en effet pas mal d'idées fausses à son sujet.

2) L'anglais: une langue bien moins répandue et moins fonctionnelle qu'on ne le croit

La première idée simpliste et erronée est que "tout le monde le parle" en tous lieux du monde. Mais il faudrait s'entendre sur la signification de "tout le monde". Cela signifie-t-il les hommes d'affaires, les commerçants, les employés d'hôtels, les guides de tourisme? Ou encore les étudiants de familles aisées?

Dans ce cas, il est exact qu'un nombre conséquent de membres de ces catégories socio-professionnelles savent pratiquer l'anglais, à différents niveaux de compétence. En effet, c'est une chose de négocier en anglais le prix d'un souvenir, de commander son petit déjeuner, c'en est une autre de tenir une véritable conversation, ou d'argumenter sur des sujets "pointus".  Car... tout voyageur lucide et curieux qui aime à s'éloigner des sentiers battus, des circuits préformatés, qui désire vraiment rencontrer les gens "ordinaires" d'un pays étranger vous dira qu'en réalité, en Grèce, au Japon, en Inde, etc... la proportion de gens parlant l'anglais de façon aisément compréhensible et complète, nuancée, reste relativement faible.

Une enquête a ainsi mis en lumière que seulement 3% de la population indienne (les classes aisées de villes) est capable de s'exprimer vraiment dans cette langue. L'auriez-vous cru?

Une grande multinationale américaine vient d'équiper l'intranet de sa filiale au Japon d'un système de traduction automatique de l'anglais vers le japonais. En effet, beaucoup d'employés, qui ne parvenaient pas à comprendre le sens des textes leur étant communiqués, employaient fréquemment les robots de traduction de l'internet, risquant ainsi de laisser fuir des informations sensibles ou confidentielles... Les responsables japonais de la firme estiment que grâce au nouveau système de traduction automatique, qui rend les textes originaux compréhensibles à 75%, un grand progrès a été fait... Et pourtant, tout enseignant vous dira que comprendre seulement les 3/4 d'un énoncé c'est très handicapant! On peut facilement en déduire que sans robot de traduction, les employés japonais comprenaient bien moins de 70% des textes en anglais!

Lors du sommet de Johannesburg consacré aux problèmes d'environnement, en 2002, la presse rendait compte du mécontentement de nombreuses ONG (organisations non gouvernementales) qui, n'ayant pas pu disposer de traductions, ont été écartées de facto des travaux se tenant exclusivement en anglais.

Ces quelques faits, et bien d'autres du même genre, hélas méconnus, montrent que lorsqu'on parle de la présence mondiale de la langue anglaise, il faut être attentif à bien nuancer le propos. La "présence" apparente d'une langue, pratiquée souvent de façon très partielle et lacunaire, ne doit pas nous faire illusion.

3) Un apprentissage coûteux, des résultats très inégaux suivant la provenance sociale

Ensuite, s'il est parfaitement exact que l'anglais est très largement enseigné, qu'il est en tête de tous les idiomes étudiés, on ne se pose jamais la question des résultats réels, ni du temps, de l'énergie, et surtout de l'argent investis pour cet apprentissage.
Ces dépenses et efforts sont pourtant
colossaux. Et, en fin de compte, d'un assez faible rendement.

Les personnes qui se débrouillent "plutôt bien" en anglais existent dans la plupart des pays du monde, mais il est très exceptionnel qu'elle soient issues de classes modestes de la population.
En effet, pour aquérir une bonne prononciation, une bonne compréhension, une élocution aisée (le "fluent english") il faut beaucoup de temps, d'efforts. Et, évidemment, de la pratique, de la pratique, encore de la pratique... L'argent y aide bien. A vrai dire, c'est même, dans la majorité des cas, une condition "sine qua non".

La maîtrise d'un anglais de bonne qualité reste donc exceptionnelle pour les personnes dont ce n'est pas la langue maternelle, et si l'on nous donne en exemple les jeunes étudiants pratiquant des échanges internationaux de type "Erasmus" ou autres programmes interculturels, il faut savoir que cela reste tout de même le privilège d'une minorité.
Par contre, pour un certain nombre d'autres personnes, il agit comme "langue de blocage". C'est à dire que ceux qui ont subi un échec, même relatif, dans son apprentissage resteront à jamais persuadés que "les langues ce n'est pas pour eux", et enfermés dans les limites de leur langue maternelle. En Europe, l'étude de l'anglais est bien plus aisé pour les Européens du Nord (Néderlandais, Allemands, pays scandinaves etc...) car leurs langues maternelles en sont proches, alors que pour les pays du Sud (dont la France), l'italien ou l'espagnol seraient bien plus rapides à acquérir.

Enfin, l'anglais est bien trop souvent "écorché" par ceux qui l'utilisent, ce qui n'est pas vraiment une bonne chose pour cette langue.

4) Alors, l'enseignement précoce, une "bonne" solution?

Un des choix actuels de beaucoup de gouvernements est d'avancer l'âge de l'enseignement de l'anglais. On met de plus en plus tôt les enfants en contact avec la langue, dans l'espoir que les jeunes adultes, y ayant passé plus de temps, en auront une meilleure maîtrise.

Mais, outre que cette approche est relativement illusoire (aucune étude sérieuse ne prouve qu'un enseignement précoce massif de langues étrangères profite effectivement au plus grand nombre), on oublie de dire deux choses...
D'abord, que le temps ainsi utilisé à l'enseignement
précoce de l'anglais est soustrait à d'autres matières tout aussi (voire plus) importantes, comme l'acquisition de la langue maternelle.
Il est vraiment ahurissant que, dans une société où on dénonce à juste titre les problèmes d'illettrisme, on consacre autant d'argent, de temps et d'énergie à l'acquisition de compétences linguistiques dont un grand nombre de futurs adultes n'auront jamais vraiment besoin, ou du moins de façon plus que ponctuelle!

Ensuite, il convient de prendre conscience que l'enseignement précoce de l'anglais est loin d'être neutre culturellement et idéologiquement: on dit implicitement à toute une génération qu'une langue (et les cultures, civilisations, idéologies qui y sont liées) est "meilleure" que les autres, qu'elle a plus de "valeur".

Il y a là un véritable processus d'acculturation, dont il conviendrait de prendre conscience.
Comment les convaincre ensuite de l'utilité d'étudier d'autres langues moins "prestigieuses"? Le multilinguisme qu'on nous prône est donc nié
d'emblée par le fait qu'on enseigne l'anglais de façon massive...

Alors, nous pouvons maintenant revenir à notre question "pourquoi?"

Pourquoi?

Tout simplement parce que l'espéranto s'apprend de cinq à dix fois plus vite que n'importe quelle autre langue.

Parce qu'il a été pensé et construit dans le but d'être accessible au plus grand nombre.

Parce qu'il facilite l'apprentissage des autres idiomes, y compris celui de l'anglais! (c'est ce qu'on appelle son aspect propédeutique)

Parce que sa culture est une culture de la paix, du respect des différences, de la tolérance.

Parce qu'il n'est la "propriété" d'aucun groupe humain dominant, d'aucun état, et de ce fait, peut être accepté par tous sans qu'on ait à craindre qu'il soit utilisé de façon élitiste, négative ou manipulatoire.

Parce qu'il est rigoureux, clair, nuancé, souple, s'adaptant facilement à diverses façons d'exprimer la réalité.

 Il y a donc bien une place pour l'alternative espéranto, à côté des autres langues, notamment  en parallèle avec l'anglais, ou en préparation à l'apprentissage de celui-ci...

Et on pourrait dire alors que, même si l'anglais reste objectivement pour un certain temps, un outil très utile à savoir manier (même imparfaitement), par contre du point de vue du rapport investissement / résultats, du point de vue de sa facilité, de son efficacité et de son équité: "Y'a pas photo!"