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Le
créateur d'une utopie réalisée: Zamenhof
Lazare Zamenhof voit le jour à Bialystok, pendant la seconde moitié du XIXème siècle, en 1859, le 15 décembre exactement. La
Pologne est à cette époque rayée de la carte.
Les puissances voisines, dont la Russie, se la sont
partagée. En outre, dans cette région, coexistent
(plutôt mal que bien) de nombreuses communautés
culturelles: Polonais, Souabes, Biélorusses, Juifs... et bien
sûr,
évidemment... les dominateurs Russes. Dès ses premières années, Lazare souffre de l'agressivité latente ou ouverte entre communautés. Il ne parvient pas à comprendre pourquoi ces gens se haïssent. Il se met à rêver d'un moyen qui leur permette de mieux se comprendre et s'accepter réciproquement. Dans la famille, on
pratique
plusieurs langues au quotidien, notamment le polonais dans la
rue, le
russe à l'école (ainsi que pour les contacts avec
l'administration). Mais le jeune garçon aime aussi s'initier aux
langues qu'il entend dans la rue. Or, le père
de Lazare est professeur de
français et d'allemand. Lazare se met
à
travailler à son projet avec acharnement. Plusieurs versions
seront conçues, puis abandonnées. En effet, le jeune
homme veut que son outil de communication soit accessible à
tous, facile à apprendre. Quand
Louis-Lazare part à Moscou faire ses études de
médecine
(il sera ophtalmogiste), il confie son manuscrit à son
père,
qui lui promet de veiller dessus. En effet, pas question d'alerter
les autorités russes avec ce genre de "nouveauté". Le succès
est foudroyant. LL Zamenhof reçoit du courrier de l'Europe
entière. La "Internacia Lingvo" gagne le soutien de
nombreux intellectuels, et rallie même des partisans du
Volapük
( créé en 1879 par le prêtre allemand Johan
Martin Schleyer ). L'espéranto est en effet beaucoup plus
international, clair et facile à apprendre que la langue de
son contemporain. Mais Zamenhof, usé prématurément par son travail acharné, mourra à 58 ans sans voir la fin de la 1ère guerre mondiale. D'autres
congrès ont lieu. La langue continue de progresser. Cependant,
le mouvement espérantiste ne peut compter que sur ses propres
forces. En effet, rares sont les gouvernements qui s'y
intéressent
vraiment. En France, après un timide soutien du gouvernement
de Front Populaire, l'idée de l'intégrer dans
l'enseignement, rencontrant l'opposition des forcenés de
l'expansion de la francophonie, sera finalement abandonnée. Ce
sont le relatif échec de l'enseignement massif de l'anglais,
ainsi que l'émergence de la communication sur l'internet, qui
lui redonnent une impulsion à l'aube du 3ème
millénaire. Aujourd'hui, il existe des dizaines de cours en
ligne, des dizaines de milliers de pages électroniques dans
cette langue et sur elle. Le nombre de locuteurs est estimé
à
plusieurs millions. Il progresse au Brésil, au Japon...
Enseigné dans plus de 120 universités, quelques
expériences d'enseignement en primaire existent aussi ( en
Italie et Pologne notamment ). Des résistances de tous ordres subsistent: psychologiques, affectives, politiques, économiques... Comme beaucoup d'idées généreuses et novatrices, la création de Zamenhof doit franchir un à un les obstacles dressés sur son chemin par l'ignorance ou les intérêts particuliers. Toutefois, bien que 117 ans soient assez peu pour une langue, elle a désormais dépassé le stade de l'adolescence et fait la preuve qu'elle n'est pas un simple "projet" fumeux, mais bien une "utopie réalisée"... |